C’est pour toi que je suis

J’ai tenté d’écouter lorsqu’ils enfantaient, les bourgeons des saules blancs.
Même quand il faisait froid.

De regarder pousser les viornes et leurs regrets qui sont pleins d’amertumes.
Elles n’ont aucunes raisons.

De me laisser séduire par le parfum subtil des pruneliers en fleur,
En regardant ailleurs.

De plonger tête première dans les gerbes sauvages, quand les sureaux exultent. Eux ils sont sans regrets, comme les êtres qui vibrent.

De suivre pas à pas la frise d’écume des vagues qui s’éteignent dans le sable
Déposant les messages et tous les vœux déçus.

J’ai aussi essayé, mais ça n’était qu’un rêve,
Avec un doigt tendu, de caresser le rêve de ce sublime ballet que jouent les étourneaux lorsqu’ils tourbillonnent au dessus de la ville.

Un jour il m’arrivera de ne plus rien tenter
De me fondre en dehors
Debout juste à côté
À côté de ce tout
De toutes les finitudes.

Alors nous serons deux
Tout comme nous étions deux
Quand nous avons cueilli
Cette tâche de violettes.

Subsiste leur parfum.

© JME Gaillard. Avril 21

À quoi bon

Que faudrait-il penser des limites de la terre
Bordées de précipices où chutent les océans

Des aurores rubis
Qui découpent des montagnes de titane bleuté
Et n’annoncent qu’une pluie pénétrante et glacée

De ce soleil
Si droit qu’il efface les ombres

De ces fétus de paille
Qui montent en tourbillons quand les blés sont coupés

Faudrait-il douter de ces murs repeints
Aux couleurs qui naissent des mirages du lointain

Des beautés de l’errance…

J’ai reposé mon verre
Essuyé de la manche la nappe de la table
Soufflé les dernières miettes
Regardé scintiller la poussière dans la porte entrouverte

Tout entier envouté par les saules qui soupirent.

© JME Gaillard le 2/3/21

Lagunes

Les nuages passaient
Indifférents au vent
Qui poussait et portait
Leur ventre
Dans le ballet du temps

De longues traînées.

Les couleurs des matins
La lumière blanche du soleil au zénith
Les fins d’après-midi qu’on aimerait qui durent
Les inquiétudes du soir
Les incrédulités
Les sables rouges du désert
Les mousses qui poussent au Nord sur l’écorce des chênes
Les choses que l’on remet à demain
Qu’on ne tiendra jamais dans le creux de nos mains

De longues trainées
Jusqu’à la pluie qui crépita contre les fenêtres du toit.

Toutes les gouttes se rassemblèrent
Dans les lits des anciennes rivières
Pour gonfler des lagunes
À menacer les terres.

Le pure et l’impure
Les soifs étanchées
Les buissons
Les prés et les clôtures noyés.

Des miroirs que caresse le vent

Où glissent deux cygnes blancs
Indifférents au temps.

© JME Gaillard le 17 février 2021

Eblouissement

La neige était tombée
D’un ciel sourd et aveugle
Sans un bruit

Recouvrant d’irréel toutes les choses.

J’y ai marqué mes pas
L’empreinte de mes mains
Embrassé tout l’espace.
Même la paupière ombrée
Des grands bouquets de hêtres
Et le contour des feuilles ciselées d’un trait blanc.

J’ai cru en cet instant
J’ai cru en cette lumière
Aux mille scintillements
Aux fleurs blanches du givre
Aux cristal du torrent.

J’ai cru

Mais la bise a giflé mon visage
Le soleil sur le blanc m’a incendié les yeux
Jusqu’à ne plus rien voir
Jusqu’à ne percevoir
Que le mordant du froid

Jusqu’à ne plus rien voir
Que le visage éteint
D’un paysage d’hiver.

Ce 22 janvier 2021, il pleut, il ne reste rien de la neige…

@jme Gaillard

L’ombre qui marquera

Et puis on attendra
Du soleil qui monte pour marquer midi plein
L’ombre qui marquera
L’heure des regards croisés
Qui viendront effacer
Ce qui a fait ce tout.

Et puis on attendra
L’ombre qui marquera
L’heure de la déraison
Qui fera l’oraison
De toutes les raisons
Qui furent érigées
Comme de bonnes raisons.

Les sourires dévolus
Aux effluves des mirages
Déjouant les sortilèges
S’accrocheront aux ailes
Des oiseaux voyageurs.

Ils viendront caresser
Les commissures des lèvres
Du silence invité.

Et puis on attendra
L’ombre qui s’étendra
Sur la pointe des pieds.
Ce temps du premier pas
Vers la nuit toute entière
Quand marque minuit plein

Et si tu trembles encore
Je te tiendrai la main

Alors on plantera des buissons aux fleurs blanches.

Et tout se remplira

© JME Gaillard le 18 / 12 / 20

Les demoiselles

Le manteau dépouillé
Des terres couleur de sienne
Labourées jusqu’à l’os
Se fige dans la brume
Dont se pare l’orée
Mauve et dorée de la forêt.

Un pic fait vibrer
L’âme d’un vieux peuplier.

De la vase des fossés
Remontent les prières
Silencieuses des fusains.
Leurs fleurs roses s’estompent
Sur le chemin faisant
Qui laisse derrière lui
L’odeur d’automne humide
Qui couvre le sous bois.


Juste devant
Sur une pointe de vert
Entre les chaumes serrées
Qui avaient oublié.

Les grandes aigrettes

Blanches

Légères comme des voiles


Tout en virevoltant
Se posent sur une patte
En repliant leurs ailes.

Elles se figent immobiles.

L’esprit tout occupé à écrire la légende.

JME Gaillard —le 22 novembre 2020
Hier soir en rentrant après avoir salué le chêne sur le chemin de l’étang Neuf.

Cette nuit dans la nuit

J’aime 
L’incandescence du jour qui s’éteint 
Et qui lie toutes les choses 
Dans le charbon de son fusain.

J’aime quand j’essaye de deviner 
Les yeux ouverts
Les yeux fermés 
Cette impression de lire sans voir  
Tout entier plongé dans le noir 
Jusqu’aux limites de mon être
Lorsque je glisse dans l’abandon
Des ombres étendues sous la lune.

J’aime cette nuit qui offrira  
Ses nappes de brume 
Ses bruits lointains sur le silence
Sa fraîcheur par la fenêtre entrebâillée

J’aime cette nuit de l’intérieur 
Profonde comme une inspiration
Suspendue à l’attente.
Les  paupières qu’il me faudra lever
Sur une pointe à peine tracée 
Un jour nouveau qui l’effacera.

©JME Gaillard le 9 novembre 2020

Toujours en devenir

Les ciels gris ardoisés

Nuages d’incertitudes qui ballaient les toits bleus.

Les galets maladroits repus d’avoir mangé la terre.

Les sept pommes oubliées dans la brume d’automne.

Les pétales engoncés dans leur manteau de givre.

Les reflets dans les flaques des rues après la pluie.

Les fils sur les poteaux qui fuient vers l’horizon de la plaine dans le soir

Je les ramasserai

Et les déposerai

Pèle mêle

Dans le rêve d’enfant qui habite le vieil homme.

©JME Gaillard. Le 25 octobre 2020

Après un court séjour chez Dominique Coenen sculptrice, qui sait si bien dire et faire parler le feu qui transcende la terre vive.

Un bout de la nuit

Huile sur toile. 120X100cm

Que devrais je retenir de ce bout de la nuit?

Mes pensées qui s’accrochent à celles du jour d’avant?

Les instants qui précèdent et leurs hésitations à épouser le vide?

Le labyrinthe du noir sous mes doigts à tâtons?

J’ai gardé dans les yeux les lueurs fugaces qui dessinaient un monde

Les mots justes posés sans quête ni horizon

Ta joue contre ma joue

Nos deux mains gauches tendues vers l’heure du jour d’après

Dans cette nuit vagabonde avec comme seul bagage une poignée de blés mûrs.

© Jme Gaillard le 22 aout 2020

Une seule goutte d’eau

Laisse jaillir de nos failles cette seule goutte d’eau
Qui fait naître les lacs à l’aplomb des falaises.
Ils seront sois en sûr les yeux bleus de la terre.

Une seule goutte d’eau pour nourrir les ruisseaux
Qui fugueront sauvages entre les herbiers fous.

Ils feront une rivière belle généreuse et nue
Une femme aux seins lourds alanguie dans son lit
Sous les saules qui scintillent lorsque la lumière pleut.

Une seule goutte d’eau au milieu de ce fleuve
Un fleuve qui submerge les berges et les chemins aux lignes pointillés
Sous les ciels de cendre que prennent toujours les hommes.

Un fleuve large et puissant
Un fleuve comme un homme et cette goutte d’eau.

Une seule goutte d’eau qui jaillit de nos failles se perd dans l’océan.


©JME Gaillard
Le 10 aout 2020

Murmures

J’ai longtemps échangé
Par la pensée
Avec les arbres.

De ces dialogues nourris de sève
Et d’ombres délicates moirées de vert et d’or
Toutes remplies de secrets
Et de mystères féconds.
Comme écrivent pour leurs chants
Les bouleaux quand ils invitent la nuit
Cette partition.

À la cime de l’arbre
Au bout de la ramille la plus haute
Qu’elle se fond dans les bleus quand elle danse.
La feuille de l’arbre a lu
Dans un vol d’hirondelles
Leurs ailes pour un voyage.

Alors les arbres chantent
Et toute la forêt chante.
Et la nuit toute entière se réjouit de leurs chants.

J’ai longtemps échangé
Par la pensée
Avec les arbres.

Même sous la pluie près des fougères.

JME Gaillard le 20 juin 2020

Réalisation dans le cadre du projet L’Art en Liberté à Château-Chalon dont le thème cette année est Mur Mur.

Marque page


Debout la face au vent

Sur des chardons en fleur

Les bras serrés le long du corps.

Vingt et un grammes cachés

Au creux de la main gauche

Dans l’autre des mirages.

Un corbeau sur l’épaule

D’un regard envolé

Marque un point sans retour
 dans l’ouragan de nos souvenirs.

Cette page blanche posée

Au milieu du grand pré

Tapissé d’herbe rouge

Où volent par milliers

Les grands papillons verts.

©JME Gaillard le 3 juin 2020

Des corbeilles d’or

L'orage s'est roulé 
Sur les herbes du pré 
Laissant de ça et là 
Des corbeilles emmêlées 
Remplies d’un or profond 
Où scintillent des caresses. 

Une lumière pleine 
Comme une cerise mûre 
Glissée entre les lèvres 
Éclate sous la dent. 

L’iris vert et bleu 
De ton œil s’embrase 
Dans cette brume légère 
Qui monte de ma main. 

©JME Gaillard le 3 juin 2020

Les fleurs éparpillées

 

 

J’ai laissé croitre un grand bouquet

De fleurs sauvages éparpillées

Des iris jaunes beaux comme une femme.

Une femme d’eau.

J’ai laissé croitre un grand bouquet

Sous les saules et les aulnes en colère

Parce que les aulnes n’aiment pas les hommes.

Ils sont sauvages

Ils portent sur l’épaule

L’enfant dont ils ont fait un Roi.

J’ai laissé croître un grand bouquet

Plein de cette rage qui laisse pousser

Dans les fossés les églantiers

Les ormes et leur fugue champêtre

Contre les hommes

Qui d’un seul doigt.

La femme d’eau va disparaître

Et sa légende.

Plein de cette rage a exister

Ce monde sauvage qui fait les Rois

Fera Reine l’enfant 

A qui fut refusé

Ce grand bouquet de fleurs éparpillées.

 

 

Jme Gaillard le 4 mai 2020. C’est ton présent petite fille.

 

J’ai cherché

 

Dans l’enivrante corole offerte de l’iris

Dans le bruissement d’une aile qui se déploie soudain

Sur la pointe du doigt le miel de l’acacia

Dans le bouquet jeté au sol.

 

Les stigmates

Le vertige de l’abîme

L’amertume

Et ce cri.

 

 

©JME Gaillard le 29 avril de cette année particulière, en vain, en vain…

 

Cet étang


Il y a cet étang
Comme un œil bleu serti.

Aussi bleu que le ciel
Où tournent les milans.
Un ciel sans nuages
Lisse comme l’écharpe bleue
Sur les seins de Marie.

Comme un œil bleu serti
Entre les roselières et les racines des arbres
Hauts comme des candélabres
Ornés de hérons gris.

Les milans tournent en rond
Ils tournent en montant.
Ils portent dans leurs griffes
Mes yeux qui dans mon rêve
S’élèvent en tournant.

Frémissent les roselières
L’aigrette
Son duvet blanc.

En grands cercles de vent
Au dessus de l’étang.

Jme Gaillard.18 avril 2020

Cette tulipe rouge

J’aurai à peine perçu

La vibration du chant

Clair

Fort

Puissant

De l’oiseau qui traverse

D’un trait sur un fond blanc

Un nuage éclatant.

.

J’aurai à peine perçu

Les parfums

Doux

Soyeux

Enivrants

De l’iris

Et ceux verts

Subtiles et pénétrants

Comme la fraîcheur du soir

De cette tulipe rouge

Seule au milieu du pré.

 

J’aurai à peine perçu

L’orme qui se réveil

Dépliant son feuillage

Dans une transparence

Tendre à croquer le vert

D’un rayon de printemps.

 

De ces êtres à décrire

J’aurais à peine perçu

Ce qu’ils avaient à dire.

 

J’ai les yeux plein des lignes

De ce livre à écrire.

 

JME. Le 10 Avril 2020

Jardin

Emporté par le vol d’un geai dans les cimes des grands arbres

L’heure est douce à cette heure quand les arbres s’étirent.

Dans ce silence soudain

Suspendu

Pour un temps

Pour un temps devenir

Un temps en devenir.

Et mon esprit vacille

Jardin

Écume

Dans la brume

Là où finit la terre et la vaste inconnue

Si profonde et si sombre

Que je n’irai jamais où nagent les baleines

J’ai sculpté une main.

.

J’ai sculpté une main avec les doigt dressés

Une main qui se lève quand affleurent les rochers

Qui ramasse les bouteilles brisées sur leurs messages

Une main qui caresse les vagues indomptées

Une main dont les lignes constellent les étoiles.

.

J’ai sculpté une main là où finit la terre

Pour cette vaste inconnue où nagent les baleines.

.

J’ai sculpté une main dans un morceau d’écume.

.

.

JME … le 30 mars 2020

Le rossignol en cage

Une poignée de terre dans la paume de la main

Serrée jusqu’à l’empreinte d’une ligne de vie

Et la jeter en l’air.

Nuage de poussière qui retombe et éteint

En l’étouffant la flamme qui témoignait la vie.

Un souffle pour la terre

Qui nourrissait l’éveil d’un grand cerisier blanc.

Le rossignol aveugle imagine un printemps qu’il porte dans son chant.

JME …. Le 28 mars 2020

Au milieu des lilas

Des vieux pneus écrasés fissurés par le temps avalés par la terre

Liserons enlacés sur les chromes écaillés et les éclats de verre

La carcasse rouillée d’amnésiques histoires

Laisse quand vient l’hiver sa silhouette esquissée.

Elle sera effacée quand fleurissent les Lilas qui la garde en secret.

Le 20 mars 2020… confiné en profitant du jardin, le silence, redécouvrir le silence…

Le cœur des choses est au matin

Une pointe de doigt posée
Sur la vitre embuée
Trace une ligne
Dans l’encre de la nuit pour la faire s’écouler

Le temps est long
Quand le lointain est une question

Le noir enfin bleuit
Un trait rouge vient le souligner

Sépare en deux l’obscurité

La terre pour la révéler
Le ciel pour tes yeux levés

Et la fraicheur de la brise …

 

© JME Gaillard le 27 février 2020

L’enfant réjoui tendra les mains…

 

De ce jour attendu

J’en dirai que sa lumière était si belle.

 

Et ce jour passera dans la douceur

Peignant au delà du réel

De toutes ces couleurs

Qui restent en miroir.

 

Fragments de ciel dans les yeux de la terre

Au milieu des prés dans la mémoire du vert

De cette journée que tu crois qui s’efface.

 

JME Gaillard le 11 02 2020

La terre vibrante

 

Noyés dans les hurlements stridents
Des rails d’acier qui déchirent le vacarme
Les hommes qui triment ferment les yeux
Restés coincés dans leurs nuits blanches.

Ils marchent au fil des avenues

Angle droit
One way
Angle droit

Des lourdes plaques de fonte
Serties dans le bitume des rues
S’échappent des vapeurs qui montent.

Dans ce fatras vertigineux
Les hommes se croisent
Parfois leurs regards se croisent puis se décroisent.

Moi aussi j’ai marché.
Tubes jaunes verticaux.
Palissades vertes.
Une main droite relevée.

One way
Angle droit
One way

J’ai ressenti dessous mes pieds
La terre vibrante
Le souffle
Et toutes ces mémoires dans la terre retournée.

Mes yeux se sont rivés
Aux sommets irréels
Des immenses pyramides.

Hautes
Plus hautes
Toujours plus hautes.

On les croirait si belles
Tapissées de mirages
Que les nuages s’y perdent
Ils ne retrouvent jamais la voie de l’océan
Ni le vent qui balaye le fleuve sous les grands ponts
Ni leur voix qui se fond dans cette finitude.

Dessous les plaques des trottoirs
Grandes comme le sont des pierres tombales
Des hommes
Les boyaux sur les tables étalés
Et toutes les gorges déployées
Sur les carreaux du grand damier
Noir et Blanc pour les cœurs à les faire vibrer
Jouent un jazz aux couleurs effrénées.

Dessus les plaques des trottoirs
Grandes comme le sont des pierres tombales
Les héros décalqués
Sur les murs de pénombre
Ne daignent aucun regard pour les chiens égarés perdus dans leur dédale
Ils leur jette à ronger les débris de La Croix.

One way
Une sirène hurlante
Les hommes qui triment ferment les yeux.

La terre vibrante.

© JME Gaillard . NYC.  Décembre 2019

Le son du marteau sur l’enclume.

 

Malgré la pluie froide et cinglante

Qui cisèle les arêtes des pierres.

 

Malgré la bise jusqu’à l’os

De l’arbre suspendu

Au flanc de la falaise.

 

Au son du marteau sur l’enclume

Les mains soudées sur les oreilles

Les ombres tremblant dans les failles

Profondes

De la terre aux entrailles.

 

Au gré du chaos des montagnes

Jusqu’à les faire tressaillir

Et s’en détacher des parois

Dans un fracas assourdissant.

 

Au gré des ruisseaux surgissants

Pour les cascades et les torrents

Qui sous les pieds déchaussent les pierres.

 

Aux gré des épines d’argousier qui volent des lambeaux de laine.

 

Le chemin se dessine

En drailles escarpées

Pour se laisser glisser

Serein

Sous les mélèzes aux robes flammées.

Le berger marche en paix.

 

 

Après un court séjour chez mon amie Colette à la source du Drac Blanc.

JME Gaillard le 24 novembre 2019.

Après la biennale d’art de Besançon

À la biennale d’art de Besançon qui s’est achevée dimanche soir, bien sur j’ai présenté des peintures, j’ai revu tous mes amis artistes, peintres, sculpteurs, dessinateurs et découvert d’autres beaux talents. Les visiteurs étaient au rendez-vous. Toutes ces sensibilités et les échanges riches, si riches, j’y ai perçu de beaux sentiments et ressenti de belles personnes.

Dans le hall j’avais installé quatre tirages grands formats de poèmes illustrés et au bout mon distributeur. 600 poèmes sont partis vers d’autres horizons il en a manqué.

Voilà…

Une graine de pissenlit…

 

Le souffle fin qui se faufile

Entre tes lèvres à peine serrées

Effleure la brume qui tisse les fils

Pour des chapelets de rosée.

 

Il caresse sans les déranger

Les lierres des arbres prisonniers

Qui restent là.

 

Il va

Silencieux comme le vol silencieux de l’oiseau qui plane par dessus la nuit

Et va.

 

Le souffle fin qui se faufile

Entre tes lèves à peine serrées

Vient soulever le coin du voile.

 

Dans ce silence il laisse passer

L’iris sombre de tes yeux

Qui survole les mots silencieux.

 

Ce sont les lignes sur la page

De ce poème inachevé

Ce poème…

Ce dessin esquissé au fusain…

Ce destin…

 

Une graine de pissenlit

Se laisse porter par le silence

Et la promesse de la vie.

 

 

JME Gaillard le 6 octobre.

 

Une lune pleine

 

Il y a cette lune

Immense

Grande comme un soleil

Ou une prune

Mure

Collée sur le bleu dégradé

De mauve ou de rose pareil

Dans la transe du ciel.

 

Tu l’as vu comme moi.

 

Pour toi par dessus le toit

Alors qu’elle est devant pour moi.

 

Tu sais que je pense à toi

Même si le temps

Nous est si différent.

 

Dans cette coupe à moitié bue

Il y a cette même lune

Pleine.

 

Je sais que tu l’as vu

Comme le jour ou ta joue se posa sur ma joue nue.

 

© JME Gaillard le 13 septembre 2019

Des narcisses

 

Là, fleurissent les narcisses…

 

Les narcisses fleurissent

A la lisières glacée

De leurs yeux imprimés

Sur les miroirs sans tains

 

Au travers lesquels

ils matent leurs reflets

En longues bacchanales.

 

Se caressant sans fin

En toute lubricité

 

Ils déchirent ta main

Tendue vers la beauté

Ils arrachent tes yeux

Pour l’avoir regardé.

 

– – – – – –

 

Quand fleurissent les Narcisses

 

A la lisière dorée

Du tapis de feuillage

Des hêtres cathédrale

Et des buis éveillés.

 

Au flan des montagnes bleues

Qui percent les nuages

Là où la lumière pleut

Pour une source calée

Tout près de l’alisier.

 

Dans cette maison sans murs

Caresses de l’autre âge où nous étions.

 

Fleurissent des narcisses

 

Un bouquet

Leur parfum

Et tes yeux grands ouverts

Penchés sur leur poème.

 

Ta main tenant ma main.

 

© JME Gaillard fin août 2019

Hier était demain…

 

 

Les courants d’air suivaient les murs

Ils se heurtaient

Et se heurtaient

Aux portes des recoins sans noms

Dissimulés dans les pénombres.

 

Les voilages doucement s’agitaient

Puis ils s’arrogeaient une pose

Calés dans une fausse torpeur.

 

Hier était demain.

 

Les courants d’air suivaient les murs

Ils se heurtaient

Et se heurtaient

Jusqu’aux marches du vieil escalier

Qui tournait

Qui tournait

Faisant croire qu’il tournait à peine

Vers les secrets et toutes les peines

Collées aux poussières du grenier.

 

Comme hier

Et pour longtemps encore.

 

Passe le temps des murs carrés

Et des portes toujours fermées.

 

Il fallait un vol d’hirondelles

Laissant entrer les courants d’airs

Dans les recoins

Même les plus sombres.

 

Dans la cour

Un grand arbre poussait

Au centre d’un grand tapis vert.

 

Il est resté

 

Poussant par dessus les mémoires

Et les vieilles serrures rouillées.

Quand le vent vient le caresser

Ses feuilles dessinent les courants d’air.

 

Le 20 juillet 2019… au passage de l’orage

C’est l’esprit.

 

 

Chaque nuit

La fraîcheur redescend

Apaisante.

 

Les voilages doucement se balancent.

 

C’est l’esprit.

 

Parfois se dessinent les ombres des arbres

Qui disparaissent au gré

Des caprices de la lune.

 

Le long des routes qui nous emmènent

On voit se détacher

Sur les particules mourantes

D’une lumière  lointaine

Des poteaux alignés.

 

Ils se perdent là bas

Dans les pupilles mydriases

Sous les paupières fermées des hommes

Qui fuient les fantômes de leurs cauchemars.

 

Tout est silence.

 

Même la terre a eu mal

Même le genou à terre

Même la pierre fissurée

Même la porte brisée

À faire baisser la tête.

 

La nuit pendant qu’ils dorment

Dans l’air caressant

Et les rêves doux des nuits qui font mentir.

 

Le genou déployé

Debout

Les yeux tournés vers les marbrures bleues des nuages.

La pierre cicatrisée par la mousse

Une feuille se déplie de l’âme du nouveau chêne.

 

C’est l’esprit.

 

……………….

Nous sommes le 12 juillet, hier J’ai fait le ménage dans mon atelier. Une feuille blanche est tendue sur la planche. Trois toiles blanches attendent les couches de peinture sombre qui recevront la lumière.

……………….

 

© jme Gaillard

 

Dans la perle rosée…

Dans la perle rosée

Des mémoires incertaines.

Lente respiration

Qui remonte du tréfonds.

 

Ces effluves subtiles

Et celles indéfinies

Teintées de premier jour

 

Au fond de cette vallée.

 

Si tu étais venu

Tu aurais respiré cette odeur animale.

 

Fraîcheurs

De la fin de la nuit

Qui se cale sous les mousses

Entre les arbres rouges.

 

Ils ne veulent plus des hommes

Qui les ont tant blessés.

 

L’endroit a ses secrets.

 

Cette douce alchimie

Dans la perle rosée

Quand se mêlent à la terre

Le tout premier rayon

Et l’air caressant

Qui emporte avec lui

L’esprit du jour d’avant.

 

Seuls mes pas l’ont foulé.

Le temps est long à tuer l’amour.

 

©Jme gaillard. Le 6  juin 2019

 

Paradoxes

 

Les silhouettes étalées

Sur le plancher s’animent.

 

La flamme d’une bougie

Sous un souffle vacille

Dans les derniers murmures de la réalité.

 

Puis le silence retombe

Quand s’élèvent les antiennes

Qui ouvrent au réel.

 

Un pas vers cet après

Me voilà redressé

Hors des finitudes

Hors des silences usés

Des mots trop ressassés.

Et de toutes les fleurs

Que tu as déposées

Sur l’autel d’Apaté

 

Paradoxes affûtés

Qui ont fait basculer

En dehors du réel.

 

Ta raison.

 

Il lui avait fallu du temps

De longues heures soliloques

Reprendre chaque mot

Chaque geste

Chaque regard baissé les yeux posés au sol

De ces regards liquides

Qui fuient tout en rampant

Fixés contre nos yeux.

 

Rien de logique

Rien à défendre

Rien qui subsiste

Un vide

Et le souffle coupé jusqu’à l’ultime limite

Jusqu’à l’ultime limite…

Jusqu’à l’ultime…

Jusqu’à…

 

Jusqu’à faire basculer

Loin des réalités

Ma raison.

Le 25 mai de cette année 2019, j’ai repris pour une dernière fois « Nature Morte », rien ne meurt pourtant ; mais moi je ne sais pas ce que c’est que dernière… Je vais la présenter la semaine prochaine à Château-Chalon si elle est sèche. Là bas au cœur des caves souterraines, gisent des mémoires si vives.

 

© Jme Gaillard.

 

 

 

Prise…

 

De ces instants prisés

Il ne me reste rien

Qu’un léger souvenir

Sitôt pulvérisé

Par mes éternuements.

 

Une prise légère.

 

Se laisser doucement

Glisser dans l’exégèse

D’un texte inachevé.

 

En finir l’écriture

Même avec des ratures

Mais sans nomenclature.

 

Essayer…

Ou peut-être

Ne rien y ajouter.

 

Juste avant de sombrer

Dans le flux continu

De cette vie qui ne dure

Pas plus que le temps

D’un simple éternuement.

 

© Jme Gaillard.

Escale

 

Le train s’est arrêté

Dans le long paysage

Fixé sur l’argentique

D’une photo silencieuse.

 

Le temps de les poser

Sur le rebord du quai.

 

Au milieu de cette nuit

Ils se tiennent droits sans peur.

 

Les autres ont le visage

Tourné vers leur ailleurs

Et les longs caténaires.

Le train repart déjà.

 

Sur l’estampe de leurs vies.

De longues traînées d’argent

 

Leurs miroirs.

 

Au cœur de cet instant

L’enfant est innocent.

 

© Jme Gaillard  Le 18 février 2019

Les pales des éoliennes.

 

Tombent les anges déchus.

 

Leurs ailes tronçonnées

Jonchent les sols dénudés

 

Les pales des éoliennes

Qui tranchent le brouillard

N’ont pas d’autre rituel

Pour les faire se poser.

 

Les deux pieds sur la terre

Un voile devant les yeux

Isolés dans leurs ombres

On les devine sans Dieu.

 

Au bord des autoroutes

Le long des pointillés

Les anges désailés

Déambulent

Hébétés.

 

Quand la nuit est épaisse

On devine leur présence

Sur les arbres surpris

Par les reflets des flaques.

 

J’ai ramassé leurs ailes.

 

Une chouette effraie

S’envole

 

La sagesse?

 

© Jme Gaillard le 30 janvier 2019

 

Les grands papillons verts

Effleurer la lisière
De tes yeux délavés.

Demain sera hier.

D’un état vers un autre
Sans l’empreinte de tes pieds.

Les portes se referment.

Infime comme ton souffle
Posé dessus les ailes
Des grands papillons verts
Qui volent dans tes cieux.

Ils recouvrent tes bras
Pour bientôt te porter

Au delà de nos voeux

Leurs ailes qui caressent
La lisière de tes yeux
Où repose déjà
L’heure crépusculaire.

© Jme Gaillard. le 22 janvier 2019

Au creux de ton oreille…

 

Il est de ces secrets

Comme une écharde noire

Enfoncée sous la peau.

 

Il est de ces secrets

Comme du désespoir

Qui mûrit sous la peau.

 

Quand le temps marque l’heure

Ils éclosent en douleur

 

Mer de désespérance

Pour l’esquif trop léger

Et la bouteille jetée

Aux tempêtes de l’errance.

 

Dans un poème écrit

Au temps d’un autre temps

Il règne ce secret

Fragile comme la flamme d’une bougie sous le vent.

Il court aussi parfois

En se moquant du temps.

 

Une douceur comme ce vœux qu’enracine ma foi…

Au creux de ton oreille

 

« Je t’aime mon enfant. ».

 

 

(C) Jme Gaillard le 23 décembre 2018.

PLV…

 

Tôles d’acier grises laquées

 

Mannequins aux sourires de cires.

 

Bonimenteurs télévisés

Écrans au bord des leds

Coincés du QCM.

 

Étales de fleurs algorithmiques

Parfums d’essences synthétiques.

 

Lignes épurées.

D’un point un autre.

Plafond bas.

Gaines.

Bouches muettes.

 

Mêmes musiques.

Assourdissantes

Assourdissances.

 

Inexistence.

Le regard sur les pieds.

 

Mille apôtres

Pour les dieux effrénés

Gesticulants aux PLV.

 

Excipients

Bonbons roses brillants.

 

Le paradis artificiel

D’une dose de rêve vinylique

 

Apprendre l’air

Et prendre l’Air.

 

Dans un livre un arbre était dessiné

Au pied de l’arbre,

Un homme qui ne l’oublie pas.

 

 

© Jme Gaillard .

Aujourd’hui nous sommes le 13 décembre, c’est la fête de la lumière.

Moi je ne t’oublie pas

Une ronce
Un barbelé
Une épine
Les arbres monochromes.

Les lierres accrochés
Aux fausses éternités
D’une boite vide qui rouille
Au bord d’un fossé.

Silence.

Les oiseaux se sont tus
Devant les arbres nus.

Éphémère qui dépouille.

Les feuillages de rouille
Collent au bitume mouillé.

Le jour va s’effacer.

Sentence.

Ne suis-je qu’un souvenir?

Ton âme vibre en moi.

© Jme Gaillard le 11 décembre 2018