Chêne

J’ai vu passer des centaines d’âmes errantes
des rubans bleus azur dans les cheveux noués
les chants et les roulades aux heures indécentes
farandoles légères sous les flammes des bougies.
Des êtres éperdus de désirs inondant
l’herbe d’une rosée chargée de leur printemps.

Sous ma voûte
le jour tissait le temps
que dénouaient des nuits scintillantes et lucides
lorsqu’elles déposaient leurs étoiles dans un vent
qui pénétrait les cœurs.

Sur ma peau encore tendre qu’une lame entaillait
certains gravèrent leurs noms en prêtant des serments
quand d’autres dans l’été aux heures immobiles
étendus
les yeux perdus dans mon feuillage
laissaient monter leurs rêves où plongeaient les Dryades.

Je n’ai rien oublié des enfants qui cueillaient des violettes à mes pieds
leurs yeux étaient remplis de contes et de magie.

C’était avant l’instant où les rêves vacillent.

Paradoxes des hommes qui n’ont jamais cessé
de haïr et d’aimer
d’aimer et détester.
Tourmentes de leurs guerres
sèches comme les hurlements qui effacèrent leurs noms.

Fraîcheur des mois de mai dans les mains de Marie
Les pluies désaltérantes
La brise
Ce merle qui chantait
Les automnes leurs parures
cet or et son mystère
Le balais des nuages qui caressaient la terre
ma silhouette effacée.

Des mains touchèrent mon écorce.

Ces voyages
Ce sentiment d’éternité
Ces centaines d’âmes errantes.

La tempête a été la plus forte
brisant les cimes des peupliers
noyant les blés.

Jusqu’au doute.

Il y eut un bruit sourd quand ma charpente s’est brisée.

Ce chêne était le dernier des grands arbres du parc du château de Pierre-de-Bresse. Arbre témoin. Le sol ravagé par un champignon destructeur. Il est tombé dans la nuit du 23 juillet.

© JME Gaillard. Le 7/08/2021

Cette branche froissée…

je sais
nos visages ont changés.

C’est peut-être le temps
qui glissa ces regrets de n’avoir aborder ces îles inconnues.

Ces îles moi j’en rêvais
sur la ligne d’horizon quand elles se découpaient.
On devinait au loin le turquoise d’un lagon
ce bleu dont je rêvais.

Il était si profond.

Réapprendre à marcher
sans la crainte de poser nos regards
sur nos visages voilés
de plonger nos regards au cœur profond
de leur miroir
aller y retirer avant que la marée ne monte et l’emmène
cette branche froissée.

Emportée par les vagues
les embruns
les brumes à la dérive
d’une mer sans rivages.

Effacer les deux mains qui masquent nos visages
réapprendre à marcher sur la plage
ramasser cette branche froissée
des deux mains.

Aller la déposer au pied d’un cyprès bleu courbé par les tempêtes.

Silhouette détachée sur ce bout de la terre.

JME Gaillard le 17 juillet 2021

Dans le creux de ses mains

Lorsque les coquelicots déplient leurs pétales rouges comme font les papillons
quand ils déploient leurs ailes
offrant à la lumière
leurs couleurs.

Puisant dans la lumière
leur lumière
la douceur
ces velours somptueux qui vibrent en harmonie.

C’est un chant.

Il est comme une demeure
ouverte dont les murs
transparents, traversants
ne sont rien qu’une idée.

En se laissant glisser
dans ce berceau enjoué
qui dessine toutes ces choses pleines de reflets changeants
comme ces êtres mouvants qui se mêlent parfois
aux aubes cristallines quand elles glissent sans rien dire
dans le cœur de leurs failles.

De cette source blanche
rien ne tient dans les mains

rien.

Elle coule elle est partout.

Elle va au cœur des pierres que tu prenais pour mortes.
Parfois elle les brise
et révèle les éclats d’une gemme cachée.

On ne peut l’attraper.
On ne peut l’asservir.

Même sous les porches vides
où s’empilent
les secondes
les rêves de mascaras
de brillance
d’aubes fières et autres illusions.

Quand ils tombent sur le sol
les pétales des roses égayent les allées
du jardin suspendu
aux fils des pensées qui animent les yeux
de l’enfant qui revient

Dans le creux de ses mains
repose un pétale rouge…

Jme Gaillard / Juin 2021

Rien n’est sage

La lumière est espiègle
quand elle joue sur la lande devant les ciels de traîne
caressant ça et là les fleurs des ajoncs
et les blocs de granit surpris de refléter
la justesse d’un rayon.

Quand elle se mêle au vent
et sublime d’argent sur les champs d’orge verts
les vagues qui avancent.

Quand elle attise le feu
qui jaillit dans les perles accrochées aux buissons
quand la pluie a cessé.

On la voit en été
jouer à décalquer la treille sur le mur
Invitant au repos.

La lumière est espiègle quand elle se glisse au fond des chaos du château
dégageant des oublis la pousse du jeune frêne
qui tend sa cime vers elle.

La lumière est espiègle quand elle chatouille l’œil
de l’enfant malicieux
qui voulait l’enfermer dans la bille de verre
qu’il venait de coller entre lui et les cieux.

Elle fait perler une larme
la bille roule sur le sol.

Ce matin je sais qu’elle percera les nuages
pour laisser apparaître entre les déchirures
ces lambeaux de bleu clair
trempés dans l’outremer.
Ils sont comme une promesse.

J’ai au fond de la poche cette bille de verre
je l’ai trouvé un jour dans un carré de vert
je crois
je ne sais plus…

Dans laquelle j’essayerai…

Tu sais que rien n’est sage.

Jme Gaillard

Le 21 mai

C’est pour toi que je suis

J’ai tenté d’écouter lorsqu’ils enfantaient, les bourgeons des saules blancs.
Même quand il faisait froid.

De regarder pousser les viornes et leurs regrets qui sont pleins d’amertumes.
Elles n’ont aucunes raisons.

De me laisser séduire par le parfum subtil des pruneliers en fleur,
En regardant ailleurs.

De plonger tête première dans les gerbes sauvages, quand les sureaux exultent. Eux ils sont sans regrets, comme les êtres qui vibrent.

De suivre pas à pas la frise d’écume des vagues qui s’éteignent dans le sable
Déposant les messages et tous les vœux déçus.

J’ai aussi essayé, mais ça n’était qu’un rêve,
Avec un doigt tendu, de caresser le rêve de ce sublime ballet que jouent les étourneaux lorsqu’ils tourbillonnent au dessus de la ville.

Un jour il m’arrivera de ne plus rien tenter
De me fondre en dehors
Debout juste à côté
À côté de ce tout
De toutes les finitudes.

Alors nous serons deux
Tout comme nous étions deux
Quand nous avons cueilli
Cette tâche de violettes.

Subsiste leur parfum.

© JME Gaillard. Avril 21

À quoi bon

Que faudrait-il penser des limites de la terre
Bordées de précipices où chutent les océans

Des aurores rubis
Qui découpent des montagnes de titane bleuté
Et n’annoncent qu’une pluie pénétrante et glacée

De ce soleil
Si droit qu’il efface les ombres

De ces fétus de paille
Qui montent en tourbillons quand les blés sont coupés

Faudrait-il douter de ces murs repeints
Aux couleurs qui naissent des mirages du lointain

Des beautés de l’errance…

J’ai reposé mon verre
Essuyé de la manche la nappe de la table
Soufflé les dernières miettes
Regardé scintiller la poussière dans la porte entrouverte

Tout entier envouté par les saules qui soupirent.

© JME Gaillard le 2/3/21

Lagunes

Les nuages passaient
Indifférents au vent
Qui poussait et portait
Leur ventre
Dans le ballet du temps

De longues traînées.

Les couleurs des matins
La lumière blanche du soleil au zénith
Les fins d’après-midi qu’on aimerait qui durent
Les inquiétudes du soir
Les incrédulités
Les sables rouges du désert
Les mousses qui poussent au Nord sur l’écorce des chênes
Les choses que l’on remet à demain
Qu’on ne tiendra jamais dans le creux de nos mains

De longues trainées
Jusqu’à la pluie qui crépita contre les fenêtres du toit.

Toutes les gouttes se rassemblèrent
Dans les lits des anciennes rivières
Pour gonfler des lagunes
À menacer les terres.

Le pure et l’impure
Les soifs étanchées
Les buissons
Les prés et les clôtures noyés.

Des miroirs que caresse le vent

Où glissent deux cygnes blancs
Indifférents au temps.

© JME Gaillard le 17 février 2021

Eblouissement

La neige était tombée
D’un ciel sourd et aveugle
Sans un bruit

Recouvrant d’irréel toutes les choses.

J’y ai marqué mes pas
L’empreinte de mes mains
Embrassé tout l’espace.
Même la paupière ombrée
Des grands bouquets de hêtres
Et le contour des feuilles ciselées d’un trait blanc.

J’ai cru en cet instant
J’ai cru en cette lumière
Aux mille scintillements
Aux fleurs blanches du givre
Aux cristal du torrent.

J’ai cru

Mais la bise a giflé mon visage
Le soleil sur le blanc m’a incendié les yeux
Jusqu’à ne plus rien voir
Jusqu’à ne percevoir
Que le mordant du froid

Jusqu’à ne plus rien voir
Que le visage éteint
D’un paysage d’hiver.

Ce 22 janvier 2021, il pleut, il ne reste rien de la neige…

@jme Gaillard

L’ombre qui marquera

Et puis on attendra
Du soleil qui monte pour marquer midi plein
L’ombre qui marquera
L’heure des regards croisés
Qui viendront effacer
Ce qui a fait ce tout.

Et puis on attendra
L’ombre qui marquera
L’heure de la déraison
Qui fera l’oraison
De toutes les raisons
Qui furent érigées
Comme de bonnes raisons.

Les sourires dévolus
Aux effluves des mirages
Déjouant les sortilèges
S’accrocheront aux ailes
Des oiseaux voyageurs.

Ils viendront caresser
Les commissures des lèvres
Du silence invité.

Et puis on attendra
L’ombre qui s’étendra
Sur la pointe des pieds.
Ce temps du premier pas
Vers la nuit toute entière
Quand marque minuit plein

Et si tu trembles encore
Je te tiendrai la main

Alors on plantera des buissons aux fleurs blanches.

Et tout se remplira

© JME Gaillard le 18 / 12 / 20

Les demoiselles

Le manteau dépouillé
Des terres couleur de sienne
Labourées jusqu’à l’os
Se fige dans la brume
Dont se pare l’orée
Mauve et dorée de la forêt.

Un pic fait vibrer
L’âme d’un vieux peuplier.

De la vase des fossés
Remontent les prières
Silencieuses des fusains.
Leurs fleurs roses s’estompent
Sur le chemin faisant
Qui laisse derrière lui
L’odeur d’automne humide
Qui couvre le sous bois.


Juste devant
Sur une pointe de vert
Entre les chaumes serrées
Qui avaient oublié.

Les grandes aigrettes

Blanches

Légères comme des voiles


Tout en virevoltant
Se posent sur une patte
En repliant leurs ailes.

Elles se figent immobiles.

L’esprit tout occupé à écrire la légende.

JME Gaillard —le 22 novembre 2020
Hier soir en rentrant après avoir salué le chêne sur le chemin de l’étang Neuf.

Cette nuit dans la nuit

J’aime 
L’incandescence du jour qui s’éteint 
Et qui lie toutes les choses 
Dans le charbon de son fusain.

J’aime quand j’essaye de deviner 
Les yeux ouverts
Les yeux fermés 
Cette impression de lire sans voir  
Tout entier plongé dans le noir 
Jusqu’aux limites de mon être
Lorsque je glisse dans l’abandon
Des ombres étendues sous la lune.

J’aime cette nuit qui offrira  
Ses nappes de brume 
Ses bruits lointains sur le silence
Sa fraîcheur par la fenêtre entrebâillée

J’aime cette nuit de l’intérieur 
Profonde comme une inspiration
Suspendue à l’attente.
Les  paupières qu’il me faudra lever
Sur une pointe à peine tracée 
Un jour nouveau qui l’effacera.

©JME Gaillard le 9 novembre 2020

Toujours en devenir

Les ciels gris ardoisés

Nuages d’incertitudes qui ballaient les toits bleus.

Les galets maladroits repus d’avoir mangé la terre.

Les sept pommes oubliées dans la brume d’automne.

Les pétales engoncés dans leur manteau de givre.

Les reflets dans les flaques des rues après la pluie.

Les fils sur les poteaux qui fuient vers l’horizon de la plaine dans le soir

Je les ramasserai

Et les déposerai

Pèle mêle

Dans le rêve d’enfant qui habite le vieil homme.

©JME Gaillard. Le 25 octobre 2020

Après un court séjour chez Dominique Coenen sculptrice, qui sait si bien dire et faire parler le feu qui transcende la terre vive.

Ce bout de la nuit…

Huile sur toile. 120X100cm

Que devrais je retenir de ce bout de la nuit?

Mes pensées qui s’accrochent à celles du jour d’avant?

Les instants qui précèdent et leurs hésitations à épouser le vide?

Le labyrinthe du noir sous mes doigts à tâtons?

J’ai gardé dans les yeux les lueurs fugaces qui dessinaient un monde

Les mots justes posés sans quête ni horizon

Ta joue contre ma joue

Nos deux mains gauches tendues vers l’heure du jour d’après

Dans cette nuit vagabonde avec comme seul bagage une poignée de blés mûrs.

© Jme Gaillard le 22 aout 2020

Une seule goutte d’eau

Laisse jaillir de nos failles cette seule goutte d’eau
Qui fait naître les lacs à l’aplomb des falaises.
Ils seront sois en sûr les yeux bleus de la terre.

Une seule goutte d’eau pour nourrir les ruisseaux
Qui fugueront sauvages entre les herbiers fous.

Ils feront une rivière belle généreuse et nue
Une femme aux seins lourds alanguie dans son lit
Sous les saules qui scintillent lorsque la lumière pleut.

Une seule goutte d’eau au milieu de ce fleuve
Un fleuve qui submerge les berges et les chemins aux lignes pointillés
Sous les ciels de cendre que prennent toujours les hommes.

Un fleuve large et puissant
Un fleuve comme un homme et cette goutte d’eau.

Une seule goutte d’eau qui jaillit de nos failles se perd dans l’océan.


©JME Gaillard
Le 10 aout 2020

Murmures

J’ai longtemps échangé
Par la pensée
Avec les arbres.

De ces dialogues nourris de sève
Et d’ombres délicates moirées de vert et d’or
Toutes remplies de secrets
Et de mystères féconds.
Comme écrivent pour leurs chants
Les bouleaux quand ils invitent la nuit
Cette partition.

À la cime de l’arbre
Au bout de la ramille la plus haute
Qu’elle se fond dans les bleus quand elle danse.
La feuille de l’arbre a lu
Dans un vol d’hirondelles
Leurs ailes pour un voyage.

Alors les arbres chantent
Et toute la forêt chante.
Et la nuit toute entière se réjouit de leurs chants.

J’ai longtemps échangé
Par la pensée
Avec les arbres.

Même sous la pluie près des fougères.

JME Gaillard le 20 juin 2020

Réalisation dans le cadre du projet L’Art en Liberté à Château-Chalon dont le thème cette année est Mur Mur.

Marque page


Debout la face au vent

Sur des chardons en fleur

Les bras serrés le long du corps.

Vingt et un grammes cachés

Au creux de la main gauche

Dans l’autre des mirages.

Un corbeau sur l’épaule

D’un regard envolé

Marque un point sans retour
 dans l’ouragan de nos souvenirs.

Cette page blanche posée

Au milieu du grand pré

Tapissé d’herbe rouge

Où volent par milliers

Les grands papillons verts.

©JME Gaillard le 3 juin 2020

Des corbeilles d’or

L'orage s'est roulé Sur les herbes du pré Laissant de ça et là Des corbeilles emmêlées Remplies d’un or profond Où scintillent des caresses. 

Une lumière pleine Comme une cerise mûre Glissée entre les lèvres Éclate sous la dent. 

L’iris vert et bleu De ton œil s’embrase Dans cette brume légère Qui monte de ma main. 

©JME Gaillard le 3 juin 2020

Les fleurs éparpillées

 

 

J’ai laissé croitre un grand bouquet

De fleurs sauvages éparpillées

Des iris jaunes beaux comme une femme.

Une femme d’eau.

J’ai laissé croitre un grand bouquet

Sous les saules et les aulnes en colère

Parce que les aulnes n’aiment pas les hommes.

Ils sont sauvages

Ils portent sur l’épaule

L’enfant dont ils ont fait un Roi.

J’ai laissé croître un grand bouquet

Plein de cette rage qui laisse pousser

Dans les fossés les églantiers

Les ormes et leur fugue champêtre

Contre les hommes

Qui d’un seul doigt.

La femme d’eau va disparaître

Et sa légende.

Plein de cette rage a exister

Ce monde sauvage qui fait les Rois

Fera Reine l’enfant 

A qui fut refusé

Ce grand bouquet de fleurs éparpillées.

 

 

Jme Gaillard le 4 mai 2020. C’est ton présent petite fille.

 

J’ai cherché

 

Dans l’enivrante corole offerte de l’iris

Dans le bruissement d’une aile qui se déploie soudain

Sur la pointe du doigt le miel de l’acacia

Dans le bouquet jeté au sol.

 

Les stigmates

Le vertige de l’abîme

L’amertume

Et ce cri.

 

 

©JME Gaillard le 29 avril de cette année particulière, en vain, en vain…

 

Cet étang


Il y a cet étang
Comme un œil bleu serti.

Aussi bleu que le ciel
Où tournent les milans.
Un ciel sans nuages
Lisse comme l’écharpe bleue
Sur les seins de Marie.

Comme un œil bleu serti
Entre les roselières et les racines des arbres
Hauts comme des candélabres
Ornés de hérons gris.

Les milans tournent en rond
Ils tournent en montant.
Ils portent dans leurs griffes
Mes yeux qui dans mon rêve
S’élèvent en tournant.

Frémissent les roselières
L’aigrette
Son duvet blanc.

En grands cercles de vent
Au dessus de l’étang.

Jme Gaillard.18 avril 2020

Cette tulipe rouge

J’aurai à peine perçu

La vibration du chant

Clair

Fort

Puissant

De l’oiseau qui traverse

D’un trait sur un fond blanc

Un nuage éclatant.

.

J’aurai à peine perçu

Les parfums

Doux

Soyeux

Enivrants

De l’iris

Et ceux verts

Subtiles et pénétrants

Comme la fraîcheur du soir

De cette tulipe rouge

Seule au milieu du pré.

 

J’aurai à peine perçu

L’orme qui se réveil

Dépliant son feuillage

Dans une transparence

Tendre à croquer le vert

D’un rayon de printemps.

 

De ces êtres à décrire

J’aurais à peine perçu

Ce qu’ils avaient à dire.

 

J’ai les yeux plein des lignes

De ce livre à écrire.

 

JME. Le 10 Avril 2020

Jardin

Emporté par le vol d’un geai dans les cimes des grands arbres

L’heure est douce à cette heure quand les arbres s’étirent.

Dans ce silence soudain

Suspendu

Pour un temps

Pour un temps devenir

Un temps en devenir.

Et mon esprit vacille

Jardin

Écume

Dans la brume

Là où finit la terre et la vaste inconnue

Si profonde et si sombre

Que je n’irai jamais où nagent les baleines

J’ai sculpté une main.

.

J’ai sculpté une main avec les doigt dressés

Une main qui se lève quand affleurent les rochers

Qui ramasse les bouteilles brisées sur leurs messages

Une main qui caresse les vagues indomptées

Une main dont les lignes constellent les étoiles.

.

J’ai sculpté une main là où finit la terre

Pour cette vaste inconnue où nagent les baleines.

.

J’ai sculpté une main dans un morceau d’écume.

.

.

JME … le 30 mars 2020

Le rossignol en cage

Une poignée de terre dans la paume de la main

Serrée jusqu’à l’empreinte d’une ligne de vie

Et la jeter en l’air.

Nuage de poussière qui retombe et éteint

En l’étouffant la flamme qui témoignait la vie.

Un souffle pour la terre

Qui nourrissait l’éveil d’un grand cerisier blanc.

Le rossignol aveugle imagine un printemps qu’il porte dans son chant.

JME …. Le 28 mars 2020

Au milieu des lilas

Des vieux pneus écrasés fissurés par le temps avalés par la terre

Liserons enlacés sur les chromes écaillés et les éclats de verre

La carcasse rouillée d’amnésiques histoires

Laisse quand vient l’hiver sa silhouette esquissée.

Elle sera effacée quand fleurissent les Lilas qui la garde en secret.

Le 20 mars 2020… confiné en profitant du jardin, le silence, redécouvrir le silence…

Le cœur des choses est au matin

Une pointe de doigt posée
Sur la vitre embuée
Trace une ligne
Dans l’encre de la nuit pour la faire s’écouler

Le temps est long
Quand le lointain est une question

Le noir enfin bleuit
Un trait rouge vient le souligner

Sépare en deux l’obscurité

La terre pour la révéler
Le ciel pour tes yeux levés

Et la fraicheur de la brise …

 

© JME Gaillard le 27 février 2020

L’enfant réjoui tendra les mains…

 

De ce jour attendu

J’en dirai que sa lumière était si belle.

 

Et ce jour passera dans la douceur

Peignant au delà du réel

De toutes ces couleurs

Qui restent en miroir.

 

Fragments de ciel dans les yeux de la terre

Au milieu des prés dans la mémoire du vert

De cette journée que tu crois qui s’efface.

 

JME Gaillard le 11 02 2020